Jour de gloireLa jeune fille regardait la tête de chat coupée. Elle en avait les larmes aux yeux. Ce genre de scène est si... atroce ! Si abominable ! Et ce n'était qu'une enfant, en plus ! Mon dieu...
Tout avait bien commencé pourtant. Surtout pour le chat. Il avait été le héros de cette journée étrange. Jusqu'à sa terrible et immonde mort. Le matin même, son maître l'avait laissé pour aller travailler. Son maître était détective privé, un travail qui justifiait ses nombreuses absences. Pendant ses heures de solitude, le chat passait beaucoup de temps à paresser. Mais parfois, le démon prenait comme possession de lui, et il devenait autre, il s'animait. Alors, il lisait les documents de son maître, et menait lui-même l'enquête ensuite. C'est ce qu'il avait fait cette journée-là.
Il avait commencé par se rendre en ville, par marcher un peu dans les rues, de toute son arrogance de chat, persuadé de pouvoir croiser les criminels, persuadé de les reconnaître et de pouvoir les traîner en justice. Et le pire, c'est que c'est bien ce qui était arrivé. Il avait croisé Sien-la-balafre, le terrible détrousseur de vieilles dames. Tristement célèbre. Alors, il n'avait écouté que cette main qui parfois semblait le guider, et il avait jaillit. Il lui avait sauté dessus, l'avait griffé au visage, aux bras, l'avait mordu à la main, et lui avait griffé le ventre, et l'avait même griffé un peu plus bas. Parfois, les chats sont cruels et vicieux.
Mais il avait gagné. Un policier était intervenu, avait reconnu le criminel, et les avait emmenés, lui et le chat, au poste de police. Là-bas, le chat avait fait sa déposition (du moins aussi complètement qu'un chat peut faire une déposition) à laquelle les policiers n'avaient rien compris. Puis Sien-la-balafre avait été enfermé dans une cellule du poste et le chat avait reçu... des croquettes. Juste récompense. Mais la journée n'était pas terminée.
Pendant que le héros félin se rassasiait de sa récompense en méditant sur l'étroite limite entre justicier et chasseur de prime, Sien-la-balafre s'était enfui. Sauvagement : il avait arraché les barreaux de sa cellule, emportant au passage quelques unes des briques du mur, et il avait couru à l'aéroport. Aussitôt, on l'avait poursuivi, qui à moto, qui en voiture, qui en hélicoptère ; tous les policiers étaient partis à sa poursuite à grands cris de sirènes. Cependant, le plus courageux, encore, avait été le chat. Lui avait oser l'impensable : il avait bondi directement de la terrasse du commissariat sur l'aile de l'avion du bandit. Et c'est là que la phrase terrible avait résonné : "Ho, tu es là ? Tu joues à quoi ? Hum, c'est sympa. Allez, fais voir." Il avait bien essayé de résister, mais certaines puissances sont implacables. Au-delà de tout pouvoir, même le sien. Et c'est au cours de cette terrible lutte qu'il s'était trouvé décapité, d'un coup sec, assorti d'un horrible "plob".
Et la jeune fille regardait la tête de chat coupée. Elle en avait les larmes aux yeux. Elle se tourna vers sa mère, folle de douleur mais aussi de rage :
- Maman ! T'as... t'as cassé mon Lego !
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